Le courrier du coeur de Nana-san;

la carpe des quartier chics:

Chère NanaKoï;

 Tous les jours, avec constance,
mes carpes koïs font flatulences!
Je dois me rendre à la raison,
je vois monter des bulles du fond…

J’ai même pensé l’embouteiller.
Faire concurrence à l’eau Perrier.
Effervescence de grands bassins.
A boire à jeun, au p’tit matin ?

Prescrivez vite une médecine.
Si d’aventure je tends narine.
Mon pauvre cœur toujour défaille
Lorsque l'odeur immonde m’assaille.

C’en est au point que l’eau est trouble.
Et mon problème est devenu double.
J’ai beau essayer de les priver.
Mes kois n’arrêtent pas de goinfrer.

J’ai amélioré leur nourriture.
Plus Montignac, je vous le jure!
Rien à faire de ce côté.
Mes kois ne font que dégazer!

Signé : Qui c’est qui a encore pété ?



Note: Des images et graphiques seront disponibles sous peu, pour illustrer les savants propos de Nana-sama.

Chère, qui-c’est-qui-a-encore-pété, je suis bien déçue que de telles sornettes puissent encore être répandues, même chez les humains...
Enfin…

Rétablissons avant tout les faits, les nishikigois n’ont pas de flatulences et encore moins de flatuosités. On a bien une vessie natatoire, mais sans l’exutoire pestilentiel…
Non, mais, vous imaginez?
Une digne prétendante à la plus noble lignée de carpe, vider sa vessie natatoire et risquer l’innavigabilité, ou, sur simple lever de nageoire, exsuder des bulles méphitiques?
Inconcevable, allons donc!

Le problème, ma chère, c’est votre bassin, le fond de ce dernier, surtout.
Dites-moi franchement, ça date de quand le grand nettoyage ?
Quelle taille fait donc votre lagunage ?

Comment ça, c’est quoi un lagunage!
Un la-gu-na-ge,  un marais filtrant, quoi !

C’est bien ce que je craignais…
Vous pensez que le simple fait d’ajouter des bactéries détrivores embouteillées, règle tous les problèmes ?
Je sens que quelqu’un va se faire gronder.

Bon, mais, puisque nous en sommes là, autant commencer par le tout début !
Patience Nana, patience, on vient à bout de tous les problèmes à force de travail acharné.
Ouvrez vos livre au livre un, chapitre un, paragraphe un, alinéa  a.

Ou il est écrit :
Sachez, ô-humains-qui-croient-que-les-kois-pètent, que le fond d’un bassin mal entretenu peut devenir une véritable  fosse septique.

Je sais que certains marchands vous ont convaincue que les bactéries en bouteille peuvent épurer les débris de toutes sortes, mais, il y a un « mais », pour ce faire, elles doivent primo, atteindre toute la masse de débris et, secundo, recevoir en tout temps de l’oxygène frais.
Deux choses qui ne surviendront pas, si vous laissez les débris végétaux et les fientes d’animaux s’accumuler au fond de nos bassins !
Vous aurez en ce cas, faute de circulation d’eau oxygénée, production massive de gaz délétère, dont le méthane, ces bulles que vous associez à mes nobles compagnes…

Quelle impudence, vraiment, on aura tout lu !

Soyons clair, il n’y a que les humains qui croient que les « push-push » de produit chimiques, améliorent « l’atmosphère ». De fait, rien ne vaut un bon coup de balai, de la ventilation et un équipement de traitement approprié.
Bref, le fin du fin de la technique, par dame nature sois même, j’ai nommé, le lagunage, qu’on désigne aussi sous l’expression marais filtrant.

De kossé ?, me direz-vous ?

Un lagunage, est une étendue de terres humides,
qui retient les corps solides,
tout en offrant un support aux bactéries
pour la transformation chimique de certains composés...
Et vlan, dans les dents!


Voyons d’abord de quelle manière les matières solides sont retenues, en attendant que les bactéries détrivores fassent leur office.

Ces matières solides sont de deux types :
Celles qui sont inertes et généralement plus lourdes, comme le sable.
Celles qui sont biodégradables, tels les débris végétaux, les animalcules morts, les déjections des nishikigoïs, le caca des poissons rouges et les merdes d’oiseaux…

Sales bêtes, va !
Les hérons, surtout!

On dispose généralement du sable par l’effet de la gravité, si l’eau reste calme, le sable se dépose rapidement au fond. Un lagunage doit donc, dans sa portion amont être doté d’un grand volume d’eau parfaitement calme et d’une assez grande profondeur pour accumuler sans problèmes les débris inertes, si possible pour une saison complète.
Chez les amateurs chevronnés et dans certaines installations commerciales, où les débits sont importants, ces cuves d’extraction sont circulaires. La force centrifuge, s’ajoute à la gravité pour extraire les corps solides plus efficacement. Mais, si vous le voulez bien, nous reparlerons plus bas dans cette chronique, des extracteurs cycloniques, ou centrifuges.
Les débris qui restent  doivent être retenus suffisamment longtemps pour que le processus de dégradation soit complété. Ce processus requiert des bactéries, un support sur lequel ces dernières se fixeront et de l’oxygène, beaucoup d’oxygène, dissous dans l’eau.

C’est là que le bât blesse…
Parce que, de manière générale, on prélève l’eau au plus profond du bassin principal, soucieux que nous sommes d’enlever un maximum de détritus.
Une bonne idée, sans doute!

Malheureusement, quand il y a beaucoup de débris, c’est aussi l’endroit ou l’eau à, potentiellement, le plus bas taux d’oxygène. Parce que, qui dit débris pourrissants, dit travail bactérien et consommation conséquente d’oxygène.

On doit donc oxygéner l’eau AVANT de la livrer en amont du marais.
L’usage de fontaine, chute ou cascade, voire du simple bambou oscillant, est donc de rigueur. On peut aussi utiliser des pierres à air, l’injection d’air comprimé en conduites, un aérateur à venturi, ou un élévateur à bulles.

1)Lagunage pour étang sans poissons :

Revenons donc à nos débris organiques et à la seconde partie du marais.

C’est un simple oursin de pierre nette, constitué de gravier d’un diamètre moyen d’un demi-pouce, déposés sur un réseau de tuyau perforé, conduisant l’eau en aval, sous une digue dont la hauteur est légèrement supérieure au niveau maximal de l’eau et d’une profondeur équivalente ou supérieure à  l’épaisseur de l’oursin lui-même.
Cet ouvrage permet à l’eau souillée de se répartir également sur toute la surface de l’oursin, alors que la digue interdit un passage direct en aval.
L’eau pénètre alors le gravier de l’oursin, pour rejoindre les tuyaux menant en aval.
Sans ces tuyaux, seule la partie située sous la digue fonctionnerais, en raison des différences de restriction hydraulique dans le gravier. Il y aurait accumulation et saturation de certaines sections de l’oursin et faute d’une oxygénation suffisante, les bactéries suffoqueraient et le lagunage deviendrait eutrophe.

Pour la même raison, il est préférable de prévoir un trop-plein qui déversera d’éventuels surplus, directement en aval. Sinon vous risquez de vider votre bassin principal, si votre lagunage venait à se colmater, ou si votre pompe a un débit trop important. Ce peut être un tuyau, ou plus simplement on limite la hauteur de la digue,  pour que l’eau puisse éventuellement passer par-dessus cette dernière, mais sans déborder sur le terrain environnant pour autant.

Oui, mais, où sont les plantes et que font-elles, demande-t-elle?
Normalement tout l’oursin et sa digue sont plantés de végétaux palustres.

Plantes émergentes par Aqualys

Plantes de Milieux Humides par Aqualys

Encore une fois, ces derniers ont, un double rôle.
D’abord, les racines et radicelles retiennent les particules trop fines, qui autrement, trouveraient leurs chemins au travers de l’oursin de gravier vers l’aval et ensuite, mais surtout, les plantes consomment une partie des nitrates générés par le travail de bio-transformation bactérienne.

Il ne faut pas rêver cependant, si vous avez de nombreux koïs de grande taille, dans le bassin principal, la quantité de plantes requises pour absorber tous les nitrates produits est vraiment trop importante et il faudra remplacer une partie de l’eau sur une base régulière pour éviter l’accumulation de nitrate, lequel est toxique au-delà d’une certaine concentration, même pour vos maître-koï…

Par contre, cette eau est excellente pour votre gazon, comme quoi tout ce qui sort d’un étang consacré aux divinités, est béni.
Malgré tout, il est d’usage de procéder au ramassage de tous les débris de plantes manuellement et d’éviter de gaver vos maîtres, même s’ils aiment ça.
On trouve dans le commerce des ensembles de titrage, qui permettent de mesurer les taux relatifs d’ammoniaque, ionisé ou non, de nitrites et de nitrates, ce sont les premiers outils, avec le de Ph-mêtre,  à se procurer, pour quiconque prétend garder des poissons en bassin, fut-ce d’abominables poissons rouges!

2)Lagunage pour bassin à nishikigoi,  (ou dont l’eau est fortement chargée en débris divers) :

Si vous êtes, comme la plupart des humains, un tant soit peu négligent dans l’entretient des bassins, ou si de nombreux maître-koi vivent dans l’étang principal, le lagunage que nous venons de décrire ne suffira pas à la tâche.
En effet, nous autres, kois sommes des gastronomes galopants,  c’est dire qu’il y a toujours un petit creux inopiné qui nous guette…
Nous avons d’ailleurs horreur de toute inopination…
Nous passons donc l’essentiel de notre journée à fouir le fond des bassins, à la recherche du petit quelque chose goûteux et nourrissant.  Cette activité, ma foi toute légitime, soulève du fond une quantité importante de vases.
Le lagunage devra donc traiter une quantité conséquente de sable et de débris végétaux. Sans parler de nos déjections…

Pardon?
De la mer… vous voulez dire, quand on chi…?
Non madame!
Les kois produisent des déjections, les poissons rouges, eux, chient!
On sait vivre quand même!

Où en étais-je?
Ha oui!
Les boues, qui contiennent des contaminants divers, (dont le caca des poissons rouges…) doivent être traités. Sinon, nous aurions vraiment l’impression de vivre dans la cuvette des w.c., ce qui serait parfaitement  intolérable, surtout si au surplus,  on devait subir la promiscuité de poissons rouges sans éducation…
Ainsi donc, le lagunage doit impérativement être construit en conséquence.
Nous consentirons donc quelques modifications à ce qui a été d’abord proposé.

D’abord, on peut inclure, avant le lagunage, une filtration grossière. Il y en a au moins deux types, qui sont d’utilisation courante :

Les filtres
Les extracteurs centrifuges

A)Filtration : Oubliez les filtres à sable pour piscine, à moins que vous soyez disposé à faire un lavage (back-wash), chaque jour et remplacer le sable chaque année. Pensez plutôt aux filtres à lit fluidifié, passablement coûteux, ou aux cuves de filtration à matelas filtrants; un simple empilement de filtres en matière plastique, dont le calibre va en diminuant sur quatre étages de filtration; du plus grossier au plus fin. Ces « matelas japonais » sont moins cher, mais demandent un peu plus de manipulations, puisqu’on doit retirer les matelas filtrants, sur une base régulière, pour les rincer à grandes eaux. Il existe aussi des filtres à cartouche qui sont une solution intermédiaire valable.

B)Extraction par gravité :  M. Newton nous dit que tous les objets  qui ont une masse, s’attirent… Donc, tout ce qui est plus lourd que l’eau, tôt ou tard, se retrouve au fond. Un grand bassin,  assez profond et où l’eau est calme, est propice à la décantation des corps étrangers lourds. Malheureusement, tous les amateurs de bassins, n’ont pas suffisamment d’espace pour profiter d’un tel aménagement.
La force centrifuge est donc mise à contribution,  on peut acheter un tel appareil, qu’on nomme dans le commerce, filtre cyclonique, filtre vortex ou filtre centrifuge. Ou bien le fabriquer, soi-même.

Le principe de fonctionnement est le suivant : imaginez une cuve cylindrique de bonne dimension, un baril de 45 gallons par exemple. Il est pourvu d’une valve au fond pour la vidange, d’une entrée et d’une sortie d’eau.
L’entrée de l’eau se fait au tier inférieur du baril et en périphérie, de sorte que l’eau tourne. La sortie, quant à elle doit se faire en surface exactement au centre.  Ainsi lorsque l’on injecte de l’eau sale dans le baril, celle-ci tourne et s’élève en suivant la paroi, pour ressortir par le second tuyau au centre en en haut. La matière solide, plus lourde, va par contre suivre le chemin inverse, vers l’extérieur et le bas. Éventuellement toute la saleté s’accumule dans le tier inférieur du baril, sous la limite de l’injection, ou l’on peut en disposer par une simple vidange.

On peut placer, côte à côte, plusieurs cuves. En règle générale, on n’en utilise jamais plus que deux ou trois, selon le type de montage. Soit une seule, si elle est suivi d’un filtre,ou d’un lagunage inversé. Trois, si il n’y a pas de filtre et un lagunage standard; c'est-à-dire comme celui que nous décrivions au début.

C)Extracteur hybrides : Une compagnie américaine a mis sur le marché récemment un appareil nommé Nexus, qui combine l’extracteur centrifuge et un filtre mécanique en mousse.

D)Lagunage inversé :Comme son nom l’indique, le lagunage inversé, marche….À l'envers et on peut le purger. Dans une fosse recouverte d’une toile étanche, on place un réseau de tuyaux rigides perforé. On recouvre ce réseau avec un plancher de plastique troué, les panneaux de clôture en PVC, de type intimité, conviennent bien, mais ou peut aussi bien utiliser certains tapis d’atelier en plastique ajouré, de la clôture à neige, ou n’importe quel matériel de récupération présentant les mêmes caractéristiques;imputrescible et ayant  entre 5 et 20% de perméabilité (des trous quoi…)
Bref, faites en sorte que les trous soient plus petits que la pierre que vous mettrez par-dessus...

Sur ce plancher perforé, on dépose une épaisseur de 12 à 24 pouces de gravier tel que décrit plus haut. Dans ce cas précis, la pierre de lave pourrait  être utilisé, en remplacement des cailloux ronds, puisqu’on vide le lagunage en hivers. Certaines personnes croient, à tors ou à raison, que les surfaces plus rugueuses de la pierre de lave, sont plus propices à l’établissement des colonies bactériennes. Certaines autres utilisent plusieurs couches de graviers de calibre décroissant, allant d’un pouce de diamètre au fond à un quart de pouce en surface. Ce qui facilite à la fois le nettoyage lors de la vidange et la plantation des végétaux en surface.
L’eau qui sort des filtres et, ou, des extracteur centrifuges, est admise par le dessous, passe au travers de l’oursin de gravier et ressort par le dessus. Elle s’écoule alors ensuite librement vers l’aval.

On place généralement un trop-plein ajusté à une hauteur intermédiaire entre le filtre et le niveau du lagunage, pour prévenir le débordement du système à mesure qu’il se salit.
Lorsque le lagunage se sature, ou au moins une fois par saison, on ouvre la valve de purge, et l’eau, en passant à l’envers dans l’oursin de pierre entraîne la saleté au fond, puis à l’extérieur, par la valve de purge. 
N’oubliez pas que les lagunages inversés, les extracteurs centrifuges et les cubicules de filtration sont presque toujours bâtis hors sol, parce qu’autrement, on ne pourrait pas les vidanger à moins d’avoir une pente suffisante sur son terrain ou que le drain soit situé en sous-sol.
C’est pourquoi certains amateurs ne reculent pas devant la dépense et installent les pompes et filtres dans de petits cabanons à jardin, dans le but avoué de préserver l’esthétique et diminuer l’impact sonore, tout en ayant une installation d’utilisation aisée.


Le Petit Jardin Oriental de Clovis
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