Le courrier du coeur de Nana-san;

la carpe des quartier chics:

Chère Nanakoi…

Je ne sais pas si vous avez lu les journaux de ce matin… 

-Terrible drame à Ste Julie, Québec, Canada; une famille complète, y compris les grands-parents, arrière-grands-parents, père, mère, oncles, tantes, neveux, nièces et sans compter les amis de la famille, ont péri en quelques heures, alors qu’ils se pensaient en sécurité chez eux… Quelle tristesse vraiment ! On voit même des photos de cadavres en première page. Les journalistes n’ont vraiment aucune retenue !

Des spécialistes en reconstitutions de scène de crime, ont été mandés sur les lieux, après de longues et patientes recherches, ils ont pu établir la chronologie des évènements ayant mené à l’hécatombe. L’analyse toxicologique ayant établi hors de tout doute raisonnable, qu’on avait encore affaire à « L’Ennemi Invisible » un redoutable tueur en série…

Il semblerait que le tueur ait préparé le traquenard, la veille, ou l’avant-veille du drame, puisqu’en effet,  au cours de la nuit précédant l’évènement, le Ph du bassin chutait dramatiquement, alors que le biofiltre qui fonctionnait impeccablement depuis des mois, s’arrêtait de manière inexplicable. Tous les membres de cette belle famille étendue, ainsi que leurs invités, périssaient alors, dans la plus grande détresse et en quelques heures, tandis que le taux de toxines atteignait des valeurs apocalyptiques.

Nos valeureux enquêteurs ont rapidement procédé aux analyses de rigueurs pour constater que le criminel abhorré avait laissé sa signature néfaste. En effet, il avait dérobé l’essentiel des carbonates patrimoniaux de l’étang familial, le taux mesuré par le laboratoire médico-légal,  les situant nettement sous la barre de 10 ppm.

Vraiment dans quel monde vivons-nous, si n’importe qui, n’importe quand, peut voir sa famille décimée par un tel malfaiteur ! Comment se protéger, si on ne peut reconnaître le monstre? J’ai ouï-dire que certaines régions avaient été épargnées, de même que certains types d’étangs,  pourtant situés dans des secteurs à haut risque… est-ce vrai, ou n’est-ce qu’une autre légende urbaine ? Je vous en conjure Nana-san faites toute la lumière sur ces tristes évènements, sommes-nous toutes menacées ?

Signé;   Terreur-à-la-une


Très cher, Terreur-à-la-une

En guise d’introduction, je dirai simplement que je hais les journalistes portés sur le sensationnalisme…  Les évènements rapportés sont certes graves, mais rarissimes !  Si cela peut vous rassurer, il est vrai que certaines régions sont naturellement protégées du tueur et certains types d’étangs également. Tout dépend de l’eau, mais plus précisément de sa relative « dureté ».

Si l’eau des bassins était aussi dure que la tête de certains humains, il n’y aurait pas de problèmes… enfin, il y a des jours j’ai vraiment l’impression de me répéter.

Comme je l’ai déjà expliqué à un lecteur, les koïs ne sont pas des poissons d’eau douce…

Mais laissez-moi, un instant mettre mon chapeau de technicienne, pour vous entretenir plus en détail du phénomène du tamponnage. À ne pas confondre avec le « taponnage » bien sûr! Dans un Kami-Iké bien tenu, on retrouve nombre d’éléments chimiques, dont certains appartiennent à  la famille des carbonates. Sans eux, la vie dans un étang autonome est impossible, c’est dire toute leur  importance…

Les carbonates; tel l’ion bicarbonate (HCO3-), provient de la dissolution de certaines pierres, comme le marbre par exemple. Vous connaissez aussi un autre membre de cette famille : Le soda à pâte, vous savez la petite boîte qu’on trouve en épicerie avec le bras tenant marteau ? Hum ? Tenez-vous bien, c’est du bicarbonate de sodium (NaHCO3).

Un étang construit en béton, ou avec un type de pierre appropriée, ou dont le fond est tapissé de coquilles d’huîtres broyées, aura une nette tendance  à afficher une valeur en carbonate élevé. Dans certaines régions, à cause de la structure géologique, l’eau de source, celle de la nappe aquifère, ou celle provenant de l’aqueduc municipal, affiche toute des concentrations élevées. La concentration souhaitable se situant entre 80 et 120 ppm, avec un minimum critique à 40 ppm. En deçà, vous passez aux nouvelles de 22 h.

Comme la nature ne fait jamais les choses à moitié,  l’ion bicarbonate (HCO3- ) est un tamponneur très efficace et très précis, puisqu’il réagira chimiquement pour maintenir le Ph entre 7,4 et 7,8.  Bon, vous me direz, il réagit et c’est très bien, mais à quoi, au juste ?

Excellente question, dont nous avons pourtant déjà traité en détail, il me semble, dans une autre chronique… Mémoire courte, Hum ?

Ha, vous vous en souvenez maintenant ! C’est bien sûr l’acidité produite par le cycle azoté, mes copines bactéries en réduisant en nitrates les déchets organiques, produisent aussi une quantité considérable d’ions H+, de l’acidité quoi !  Ces ions hydrogène, miracle,  se combineront à l’ion carbonate pour former du dioxyde de carbone et de l’eau, laissant le Ph du bassin inchangé…

Ca se lit comme suit :  HCO3- + H+ = H20 + CO2 

Le CO2  Va être évacué dans l’air, l’acidité absorbée, MAIS, l’avez-vous remarqué, on a perdu  l’ion bicarbonate au passage. C’est là que le bât blesse… Dans un étang où il y a une grande population et beaucoup de matière organique en décomposition, il y a nécessairement une forte activité bactérienne et conséquemment une forte émission d’ions acides… Pas besoin d’être un génie pour deviner la suite. L’acidité constamment générée par la faune et la flore du bassin grignote peu à peu vos ions bicarbonates

Ces ions doivent être remplacés, sinon, vous courrez à la catastrophe.

C’est pourquoi, certains bassins sont naturellement protégés, attendu que la matière qui les compose, émet par dissolution des ions carbonés. On peut corriger à la main, bien sûr, mais de toute manière, on doit au moins se procurer une trousse pour vérifier régulièrement ce que l’on appelle, faute de mieux, l’alcalinité totale, ou dureté totale, de l’eau. Maintenez si possible 80 ppm et plus, ça vous en laisse 40 en banque, avant de franchir le seuil de l’apocalypse.

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Supplément pour ceux qui n’en ont jamais assez !

Le tamponnement fonctionne aussi dans le sens inverse lorsque  le ph dépasse 7,8. Une situation qui ne survient qu’exceptionnellement dans un étang ou alors de manière transitoire. En ce cas l’ion bicarbonate cède un ion Hydrogène (qui abaisse le Ph) et devient un ion carbonate.

HCO3- = CO3-- + H+ 

Ce carbonate ne reste libre que le temps de s’apparier avec un ion calcium naturellement présent dans les étangs, il se précipite alors en Carbonate de calcium, cette même substance qui entre dans la composition du béton, du marbre et de  certaines autres pierres ou des coquilles de huîtres…

(Ca+++ CO3--  = CaCO3)

La formule dans son intégralité peut être lue comme suit : Le processus normal se fait de droite à gauche puisque généralement le biotope émet constamment des ions acides.

CO2(gazeux) <=> CO2(aqueux) + H2O <=> H2CO3  <=> H+ + HCO3- <=> 2H+ + CO3

(dioxyde de carbone <=> dioxyde de carbone + eau<=> acide carbonique <=> ions acides + bicarbonate <=> ions acides + carbonate).

Pour rendre à César ce qui lui appartient :
(Formules chimiques tirées de :  Fish and Invertebrate Culture by Steven Spotte)


Le Petit Jardin Oriental de Clovis
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