Le courrier du coeur de Nana-san;

la carpe des quartier chics:

Chère NanaKoï.

Le printemps dernier suite à trois magnifiques journées bien au-dessus des moyennes de températures saisonnières, j'ai retrouvé la moitié de mes carpes koïs ventre en l'air. Tandis que le reste du groupe suffoquait à la surface!

J'ai fait des tests, pour me rendre compte que le taux d'ammoniaque de mon eau sortait carrément de l'échelle de graduation. Un échantillon jaune pétant.

Sur Internet on m'a conseillé l'usage de certains produits chimiques et on m'a dit d'arrêter le générateur d'UV qui tue paraît-il les bonnes bactéries.

J'ai remplacé une partie de l'eau et démarré mes fontaines et cascades, les kois survivantes m'en veulent un peu, je crois...

Signé : Anonyme

Chère anonyme, vous autre humains êtes si négligents, ça fait des années qu'on vous dit qu'il faut faire attention à la couche d'EAU JAUNE!
Rien à faire, vous réagissez toujours trop tard.

Pourtant, je constate que l'équipement dont vous disposez est adéquat, j'en fais un résumé ici pour le bénéfice du lecteur :

Je lis donc que mes compagnes habitent un étang de cinq mètres cube, pourvus d'une filtration 5 microns à cartouche et d'un UV 38 watts. Votre appareillage comprend aussi un bio-réacteur de grande capacité avec une circulation de démarrage en circuit fermé.

Ma première question sera donc :

Pourquoi nom d'un Kami, ne l'avez-vous pas utilisée?

Vraiment, c'est consternant de se voir sans cesse acculée à répéter, année après année les mêmes principes de base, tout en sachant pertinemment qu'on s'égosille en pure perte. Vous rendez-vous compte à quel point c'est pénible pour une Koïe comme moi de prêcher dans le désert?

Vous m'imaginez me traînant les nageoires dans le sable sec? Hum?

Il me semble que vous devriez mieux comprendre ce qui se passe dans votre bassin plutôt que de suivre à la lettre les instructions d'un quelconque vendeur ou de pseudo-experts sur le web.

Reprenons donc (encore une fois) le processus de nitrification, en s'en tenant bien sûr à l'essentiel.

Notre explication démarre avec la venue du printemps. Dans tout bassin digne de ce nom, mes compagnes Koies hibernent dans la félicité alors que les premiers chauds rayons du soleil achèvent de faire fondre la glace.

Alors que la température de l'eau s'élève, nous sortons de notre méditation Zen en même temps que deux bactéries amies : les Nitrosomas ssp. et Nitrobacter ssp. et d'une autre moins appréciée la bactérie Denitrificans, dont nous négligerons pour l'instant la présence puisqu'en principe, sa population ne devrait pas être significative.



Je disais que nous sortions de transe en même temps, c'est presque vrai, mais certaines sont plus dégourdies que d'autres....

Ainsi, lorsque la température s'élève et j'insiste : en présence d'ammoniaque (NH3) la bactérie dite Nitrosomas s'éveille se nourrit et bientôt commence à se reproduire. Nitrosomas est très féconde, elle doublera en nombre à toutes les vingt minutes, soit 3 cycles à chaque heure. La nitrosomas, le croirez-vous se nourrit d'ammoniaque qu'elle oxyde pour en faire des nitrites. Le banquet se décrit comme suit :

(4) NH3 + (7) O2 = (4) NO2 + (6) H2O

4 molécules d'ammoniaque, plus 7 molécules d'oxygène donnent après digestion 4 molécules de nitrites et 6 molécules d'eau.

Le nitrite reste toxique pour nous autres, Koïes, mais quand même moins que l'ammoniaque lui-même.

D'ailleurs, ce n'est que l'entrée, celle de sa compagne de toujours; la vieille Nitrobacter !

Son repas consiste justement en nitrites :

(2) NO2 + O2 = (2) NO3

Deux molécules de nitrites sont digérées (oxydation par une molécule d'oxygène) et deviennent deux molécules de nitrates.

Les nitrates, peu toxiques, seront retirés par les plantes qui en requièrent pour leur croissance.

Avez-vous remarqué combien l'oxygène est important dans ce repas pantagruélique?

On estime que pour 1 kg de nourriture offert au carpe, entre 700 grammes et 1 kg d'oxygène sont requis pour la digestion.

La digestion de tout le monde bien sûr!

Comme chacun sait, ça ne pèse pas lourd l'oxygène, aussi, il faut une très forte aération pour transporter tout cet oxygène dans l'eau vers les bactéries et les poissons !

Pire, plus l'eau est chaude et plus les bactéries et les poissons sont actifs, mais moins l'eau est apte a dissoudre l'oxygène de l'air.

Autres considérations; Mes copines Nitrosomas et Nitrobacter sont un peu timides, elles préfèrent vivres dans l'ombre, elles seraient photophobiques.

C'est dire qu'elles sont complètement inhibées par la lumière.

Apparemment, elles consultent un psi pour régler leur problème, mais en attendant, vaux mieux les installer à l'abri de la lumière.

Mes copines bactéries sont aussi très casanières, une fois qu'elles s'installent quelque part, rien à faire pour les obliger à se balader. Alors, vous savez, les légendes urbaines sur les UV qui tuent...

Une histoire absurde qui provient sûrement de chez les humains.

En effet, qui serait assez bête pour brancher un UV pendant la nidification des bactéries dans le bio-filtre.

Une opération à faire, idéalement, en circuit fermé.





Maintenant que nous savons comment ça marche, on peux faire certaines hypothèses sur l'événement regrettable dont vous êtes l'auteure !

Vous versez selon les recommandations du fabricant une solution de bactéries directement dans l'étang au printemps au grand soleil, alors que les feuilles sont encore peu présentes dans les arbres et les plantes flottantes peu développées, vous le faites exprès ou quoi?

Certes, la pompe va les ramener au bio-réacteur mais, combien de temps cela prendra-t-il?

Du temps de trop, surtout si l'étang est grand, populeux et le débit de pompage réduit.

Votre bio-réacteur comporte ou devrait comporter une dérivation prévue pour l'ensemencement. C'est dire que l'eau qui transporte mes amies bactéries doit circuler en circuit fermé entre la pompe et le bio-réacteur pour environ 24 heures. On utilise avec les bactéries un démarreur (pre-starter) qui est tout bêtement une solution d'ammoniaque à petit dosage avec certains oligo-éléments pour la croissance.

Ainsi préparé, un bio-réacteur peut faire face à une forte concentration d'ammoniaque à quelques heures d'avis.

Par la suite, il suffira d'ouvrir la dérivation et traiter l'eau du bassin en ayant soin d'apporter le plus d'aération possible.

Vous parliez d'un système d'alarme, je crois!

Utilisez un calendrier et un thermomètre

Observez le moment ou les Koies cessent de méditer et dès qu'il fait plus chaud, démarrez les cascades et les fontaines, utilisez un bulleur. Aérez autre chose que votre appartement!

Quand à mes compagnes que vous avez tuées, elles ont probablement subi un double traumatisme, un très haut niveau d'ammoniaque et encore pire le manque d'oxygène prolongé..

Puissent-t-elles vous hanter jusqu'à la fin de vos jours !

Nanakoï étouffée.

Mais pas de rire!


Le Petit Jardin Oriental de Clovis
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