Le courrier du coeur de Nana-san;

la carpe des quartier chics:

Chère Nana koï…

Depuis les premiers jours de l’automne, je déprime.

Je ne dis pas que les jours qui raccourcissent et l’eau plus froide sont totalement étrangers à mon humeur, mais si vous voyiez mon intérieur, vraiment, ça craints!

Faut croire que les précédents locataires manquaient de goût, ou alors leurs familiers étaient bien négligents…

J’ai rarement vu un « home » aussi mal tenu et décoré. 

Quant à l’équipement de survie pour l’hiver, il est pour ainsi dire inexistant, j’appréhende vraiment les premiers jours très froids de décembre, dans mon étang près de ma cabane au Canada !

N’y a-t-il pas un quelconque règlement dans la charte des droits  koïs qui obligerait les humains à nous donner ne serait-ce que le minimum décent?

Signé : Rêve de Cocooning !


Chère « Rêve de Cocooning », le minimum décent dites-vous ?

Pourquoi vous contenter du minimum?
Visez plus haut, demandez ce qu’il y a de mieux!
De par votre naissance, vous y avez droit de toute manière, alors…

Le cocooning, n’en rêvez pas!
Procurez-vous des revues, suivez des cours, abonnez-vous à des conférences, bref, organisez-vous et VIVEZ, le cocooning.

Saviez-vous que c'est une ancêtre à moi qui a inventé le concept ?
Une Nippone particulièrement casanière. Comme elle ne sortait jamais de chez elle, elle a pensé qu’elle pourrait mettre ses énergies à améliorer et sécuriser son intérieur, plutôt que de voyager pour trouver en terres étrangères, beauté et exotisme.

Une idée brillante qui a fait école, si bien que de nos jours, elle a fait des adeptes mêmes chez les humains.

Bref, le cocooning, c’est vivre en totale autarcie avec ses familiers, dans une sécurité absolue et un confort extrême, rien de moins…
J’aime bien le cocooning extrême, d’ailleurs.

Réveillez l’autocrate qui est en vous, très chère, n’exigez rien de moins que ce qui vous est dû !

Cocooning :(Notions de base)

Bien que je sois sûre que tout le monde sait à quoi s’en tenir, je fais un rapide survol des exigences de base.
Le kami-Ike doit être suffisamment grand pour recevoir les maîtres des lieux.

On estime généralement qu’un noble Koï adulte, requiert un mètre cube d’eau pour être à l’aise. On peut réduire ce volume de moitié, si le bassin est suréquipé en terme de filtration et d’oxygénation et que les familiers que vous avez adoptés, sont vigilants et expérimentés.

Il doit y avoir un dispositif de filtration mécanique de capacité suffisante, tel dispositif comprend souvent un support approprié aux bactéries responsables du traitement de l’ammoniaque et des nitrites.

Le bassin doit être suffisamment profond et pourvu de refuges ou les dames et messieurs Koïs, peuvent s’abriter, advenant une attaque aérienne ou terrestre.

On doit aussi prévoir un quelconque dispositif pour empêcher les prédateurs de s’approcher du bassin et les feuilles d’y tomber.

A ce propos, exigez que votre bassin soit propre en tout temps, il en va de votre confort !

Comment peut-on faire Zazen dans la félicité, quand des débris malodorants vous titillent constamment les barbillons ?

Vos familiers devraient toujours avoir en leur possession des ensembles de titrage pour mesurer la dureté, l’ammoniaque, les nitrites et les nitrates.

 

Cocooning d’été :(De mai à novembre)

C’est bien connu, au printemps après le long jeune hivernal et en automne en préparation à ce dernier, notre métabolisme requiert une nourriture plus riche en hydrate de carbone, donc ayant moins de protéines.  En été, c’est l’inverse.

Veillez à bien nous sustenter surtout !

Nous apprécions aussi beaucoup les plantes, que ce soit pour nous y ébattre avec nos conjoints, pondre nos œufs, s’y cacher des vilains prédateurs ou simplement les grignoter un peu.

Ben oui, quoi, c’est bon !

Les petites bêtes qui s’y cachent, sont très bonnes aussi !

Si vous craignez pour leur survie, je parle des plantes, il suffit de placer un panier en broche sur les nouvelles pousses, le temps qu’elles s’établissent. En plus d’être un excellent comestible, les  plantes, par l’ombre qu’elles créent, limitent considérablement la quantité d’algues indésirables. Ce n’est pas que nous soyons vaniteuses, mais de l’eau claire, nous ne sommes pas contre, à moins que nous soyons dépourvue de protection contre les OVNIs.

L’eau perd son pouvoir de dissolution de l’oxygène, à mesure que la température augmente, ainsi il faut prévoir un processus quelconque pour augmenter l’oxygénation. Jet d’eau moussant, chute d’au moins 30cm, petites cascades, bulleur, etc.

Il faut aussi tester l’eau sur une base régulière, mais plus particulièrement au printemps quand l’eau se réchauffe et intervenir rapidement et de manière appropriée selon les écarts constatés.

Cocooning d’hiver :(De décembre à avril)

La technique qui est, à n’en pas douter, la moins bien comprise
J’assume que c’est parce qu’il fait moins froid dans les pays ou ces techniques furent d’abord développées. Mais quand tu habites l’étang à  côté de la cabane au Canada, brrrr !

Trois ou quatre mois sous la glace, on ne peut y faire face, que puissamment armée, si je puis dire !
Commençons par dénoncer quelques légendes urbaines :

1) L’eau qui « bouge », qui circule, ne gèle pas…
Faux : L‘eau  qui circule sous la glace, le fait parce que sa température est supérieure à zéro.  D’ailleurs, l’eau qui tombe d’un nuage, va se transformer en neige bien avant d’arriver au sol, pourtant, elle bougeait beaucoup.

2) On ne doit pas placer sa pompe au fond du bassin de crainte de casser le gradient thermique…
Une notion mal comprise :
Dans un lac profond, l’eau du fond demeure toujours à quatre degrés Celsius.
Parce que l’eau a des caractéristiques de densité bien spéciale.
Aux températures qui nous concernent, elle est à son plus dense à quatre degrés centigrades et a son plus léger à zéro et moins.
Donc l’eau à quatre degrés, par l’effet de la gravité, se retrouve toujours au fond…

Entre la zone à quatre degrés et la surface, il y a de l’eau à température variable et plus ou moins uniforme selon la saison. N’importe qui ayant nagé dans un lac l’a déjà senti.

3a) On doit faire des trous dans la glace pour donner de l’oxygène aux poissons !
3b) Ce procédé peut être amélioré en plaçant des cônes a rosiers ventilés sur le ou les trous.

La quantité d’oxygène pouvant être dissous dans l’eau dépend de quatre facteurs;

Primo; la température de l’eau, plus elle est froide et mieux elle se charge en oxygène.
Secundo; plus  la pression est élevée et plus il est facile de le faire.
Tertio; la dissolution est en relation directe avec la surface de contact. 
Quatro; L’air mis en contact avec l’eau, cède son oxygène à cette dernière, mais dès lors, on doit évacuer cet air pour le remplacer par du frais, l’eau doit aussi se déplacer pour être remplacée par de l’eau à basse teneur en oxygène, sinon le transfert d’oxygène cesse. D’ailleurs, plus la différence de teneur en oxygène est grand, plus rapide est le transfert.

Le cas de figure idéale se présentant un jour de grand vent, où la température de l’air est encore un peu au dessus de zéro et où l’eau est constamment agitée.
Le rêve quoi !

Sauf que…
Vous abaissez la température de l’air de quelques degrés et l’eau gèle et forme une couche étanche, ou peut s’en faut…
Vous aurez beau déposer des feuilles d’isolants, de la paille, de la neige, vous venez de réduire considérablement la surface de contact eau-air. Le trou que vous tenterez de maintenir dans la couche de glace deviendra la seule surface désormais disponible pour ces échanges et placer un cône à rosier, qui devient d’ailleurs un obstacle à la circulation de l’air, n’arrangera en rien les choses…

Comme vous voyez ma chère, rien de Zen ne peut être accompli lorsque la technique est déficiente. Ce dont nous avons besoin, c’est d’une aération suffisante, quand bien même elle serait forcée. Pour ma part, je recommande les bulles, ça fait penser au champagne, c’est d’un chic fou et viens en deux dispositifs très  en vogue.

Le premier est un appareil utilisant une pompe à air, un tuyau et un tube en matière synthétique ou encore une pierre poreuse, en guise de diffuseur. Ca crée un joli rideau de bulles qui montent à la surface. Ces mêmes bulles, en remontant, entraînent avec eux l’eau du fond, ce qui permet une rotation du plan d’eau en surface. Selon la température extérieure et celle de l’eau, ces bulles vont faire fondre la glace au dessus du diffuseur, ou encore, être emprisonnées pour un temps sous la glace. Évidemment, elles finiront invariablement par trouver un chemin à travers une fissure, ou sur le pourtour du bassin. On comprend que le contact air-eau est maintenu plus longtemps si la bulle stationne, ou roule sous la glace pendant une période plus ou moins longue, que si elle jaillit immédiatement à l’air libre. Donc, avec le bulleur, il est profitable de ne pas insister pour créer un trou. S’il se bouche, tant mieux.

Le second système en vogue chez l’adepte du cocooning, c’est le diffuseur à venturi, un appareil qui, par une astucieuse construction, permet à de l’eau mise sous pression par une pompe, de créer en même temps, dans le corps de l’engin, une dépression qui aspire l’air dans l’appareil. Le mélange air et eau est ensuite éjecté horizontalement près du  fond de la mare.  Le diffuseur à venturi semble, à prime abord, un peu plus énergivore que le bulleur standard, cependant, la dépense supplémentaire en énergie sera dissipée sous forme de chaleur, ce qui au plus fort de l’hiver sera un élément favorable, comme nous allons le voir de suite.

4) Autre légende urbaine :

L’épaisseur de la glace ne dépasse jamais « x » pouces. (Vous mettrez le chiffre que vous voulez…)

En fait, l’épaisseur de la glace est une affaire de bilan énergétique. Tant et aussi longtemps que l’eau est plus chaude que l’air ambiant, l’énergie va migrer de l’eau vers l’air extérieur. Si la température de l’eau s’abaisse sous les zéro degrés centigrades, elle gèle, point à la ligne.
Vous savez aussi que la glace a une certaine valeur isolante et à mesure qu’elle s’épaissit, elle ralentira de plus en plus la migration de l’énergie vers l’extérieur. Notez cependant qu’elle ne la stoppera jamais complètement.

Il découle de ces données que le bilan énergétique (en Btu), d’un bassin naturel est donc constamment à la baisse tout l’hiver.
Il n’y a que deux façons d’améliorer ce bilan énergétique.

On peut augmenter l’isolant, ou ajouter de l’énergie.

Ainsi, certains amateurs éclairés placent sur le couvert de glace de leurs bassins, des feuilles d’isolant synthétique, ou simplement de la neige.  On doit cependant attendre que le couvert de glace soit suffisamment épais pour supporter le poids de l’isolant supplémentaire, sinon la glace va couler, sous le niveau de l’eau et l’isolant sera trempé et donc moins efficace.

On peut aussi disposer des brise-vent, pour freiner les vents dominants.
Rappelez-vous que ces techniques ne font que ralentir les pertes d’énergies, elles ne la compensent pas…

Pour rehausser le bilan thermique, on doit ajouter de l’énergie, soit en chauffant directement l’eau avec une résistance électrique, soit en comptant sur les pertes en chaleur des lampes submersibles, ou des moteurs des pompes.

Prenez note qu’on doit injecter cette énergie à faible dose, sinon l’eau réchauffée monte très vite en surface et la chaleur après avoir fondu la glace, se disperse aussitôt dans l’air. Il est préférable d’utiliser une résistance  de faible puissance sur de longues périodes, qu’une autre, plus puissante sur de courtes périodes. Si on peut faire circuler de l’eau en grande quantité autour de la résistance, c’est encore mieux. Puisque le but n’est pas de réchauffer l’eau au-delà d’un degré, mais de maintenir l’épaisseur de la glace à une valeur définie et de préserver la totalité du volume d’eau à quatre degrés.

Comment définir l’épaisseur idéale de glace ?

Ce sera toujours un compromis, puisque la glace sert d’isolant, plus elle est mince et plus vous devrez ajouter de l’énergie et donc plus vous dépenserez d’argent pour chauffer.Comme nous recherchons un milieu de vie acceptable pour que les dames et messieurs Koïs hivernent dans la plus grande quiétude, il est nécessaire d’avoir un certain volume d’eau…

Les constructeurs mal informés seront donc lourdement pénalisés, au chapitre de l’énergie, s’ils ont érigé des bassins peu profonds et en pente douce. Puisque bien entendu, il ne reste que très peu d’eau sous sa forme liquide au fond de ce type de bassin, en présence d’une glace épaisse. Il leur faudra chauffer davantage pour maintenir un couvert de glace plus mince et donc plus perméable à l’énergie. Idéalement, vous devez conserver au moins 50% du volume d’eau minimal requis en été. Avec ce volume d’un demi-mètre cube d’eau par Koï adulte, vous avez une marge de sécurité suffisante vous permettant d’éviter des inconvénients majeurs, lors d’une panne système.

Si l’électricité vient à manquer, qu’un tuyau gèle, ou qu’une pièce d’équipement brise, vous avez plusieurs heures devant vous pour corriger la situation, les maîtres pouvant compter sur l’oxygène déjà dissous dans l’eau. Si le volume d’eau est insuffisant, la moindre panne conduit invariablement à la catastrophe!

Le nec plus ultra du cocooning :

Si vous voulez vraiment ce qu’il se fait de mieux, du moins, sous nos latitudes, optez pour les bassins compartimentés.Côté jardin, un superbe bassin peu profond ou vous pourrez parader devant vos humains tout votre saoul et côté cour, un bassin profond et bien isolé, situé sous une terrasse ou un bâtiment. Bref, une sorte de Jacusi intérieur réservé exclusivement aux seigneurs et gentes dames koïs !
Dans ce genre d’ouvrage, les équipements, sont logés dans un cubicule souterrain ou un pavillon adjacent. Il comprend un système de filtration, un bioréacteur, un stérilisateur UV, un chauffe-eau, un aérateur et des pompes. Un jeu de valves permet de diriger l’eau dans le bassin extérieur en été et en circuit fermé intérieur en hivers.

J’ai insisté pour avoir de l’éclairage artificiel pour simuler les périodes diurnes et nocturnes, en sorte de préserver mes cycles circadiens.  Non Monsieur, rien n’est trop beau pour les amis de Zorro!

On est à installer en ce moment de petits raffinements technos, comme l’aspirateur central, une mise a niveau automatique, des protections et alarmes en cas de défaillances, il ne me manque que le cinéma-maison, la cafetière expresso-capuccino et le four à  micro-onde!

Des négociations sont en cours, cependant…

Nananishikigoi-san-sama, Jûichidan, en Cocooning et autres délices assimilés...


Le Petit Jardin Oriental de Clovis
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