Le courrier du coeur de Nana-san;

la carpe des quartier chics:

Chère Nanakoï, je suis bien déçue, les carpes koi que j'ai acquises le printemps dernier restent obstinément cachées. Même lorsque je viens à l'étang pour les nourrir, elles attendent mon départ pour sortir de leur cachette.

Que dois-je faire pour les obliger à se montrer?

Signé : déception


Chère déception:

D'abord sachez que ma navration dépasse la vôtre.

Je me demande comment il est possible à notre époque qu'un être humain pense encore qu'on puisse contraindre un koï à quoi que ce soit!

À l'évidence, vous ne connaissez pas votre rang et je me vois contrainte à vous gronder!

Acquérir des kois? Vraiment!

Nourrir des Kois?

Obliger des, non, non et non!

Reprenons votre lettre par le début et par le menu, pour examiner un peu votre prose.

Je constate que le printemps dernier, une famille de Nishikikoï vous a légalement adoptée.

Selon les règles millénaires Koïes, vous êtes donc maintenant tenue de respecter certains rites et obligations liés à votre récente filiation.

Vous ne nourrissez pas les Kois, vous devez vous rendre au Kami Ike, plusieurs fois journellement, pour faire offrande de nourriture!

Le tout, en sorte de témoigner de votre plus grand respect aux Tôraï Kami du lieu.

Surtout ne poussez pas la vulgarité jusqu'à transporter la nourriture dans un Tupperware!

L'offrande doit est exposée sur l'Himorogi et toujours déposée au même endroit; C'est-à-dire au pied de la cascade tout à côté de la Rigyu Seki (Pierre de la carpe) ainsi, le courant disperse les effluves délicieux de l'offrande jusqu'à titiller notre narine si sensible et aiguiser notre appétit.

Il n'est pas inutile également de sonner l'heure du service. Ce peut être fait en frappant un gong à une ou deux reprise Un gong, ou un simple bloc de bois, n'importe quoi de bref et solennel.

Bien entendu les rites, sont importants, mais si l'on peut discuter sur la forme, on ne peut absolument pas le faire sur le fond. Quoi que vous fassiez, faites-vous une idée et n'en changez plus! Les Koïs détestent tout ce qui est imprévu ou désorganisé. Ça fait désordre et c'est d'un tel manque de classe !

C'est la raison pour laquelle nous entraînons nos humains avec tant de rigueur !

Vous ne me croyez pas?

Pourtant, les Koïes de votre étang ont déjà clairement commencé à vous enseigner une des plus grandes vertus humaines !

.

Non, je parle de la patience, je me demande si vous vous révélerez une étudiante attentive, voire talentueuse?

Hum?

Haaaaaaaa vous receviez une leçon mais, vous n'aviez pas compris !

Voilà, je vous pardonne.

Récapitulons, si vous le voulez bien.

D'abord, vous devez vous préparer mentalement, les Kois craignent les ondes négatives.

Il est donc souhaitable que vous vous détendiez avant de vous rendre au Kami Ike.

Une bonne tasse de thé ou de tisane a généralement un effet positif sur les humains.

Versez votre offrande dans l'Himorogi et rendez -vous au abord de l'étang.

Pas si vite, il n'y a pas le feu.

Approchez lentement et déposez votre offrande, une toute petite offrande, près de la pierre de la carpe!

Pourquoi une toute petite quantité?

Parce que si vos Kois dédaignent votre offrande, pourquoi salir l'eau de l'étang?

Hum?

Bon, j'ai déjà entendu une autre raison, mais je n'y crois absolument pas. Cette légende urbaine voudrait que l'offrande ne représentant que quelques grains de nourriture, les dernières Koies arrivées n'aient plus rien à manger!

Toujours d'après la légende, il suffirait d'une semaine ou deux, pour que les carpes se précipitent (comme un seul homme) pour être sûres de ne manquer de rien, ridicule n'est-ce pas?

Vous devrez aussi convenir d'un signal avec votre maître pour bien marquer le début du festin, pour ma part, j'ai appris à mes familiers à taper du pied sur le pont de bois de l'étang.

Évidemment, le son d'un gong eût été plus romantique, mais que voulez-vous, on fait avec ce que l'on a!

Si vos maîtres Kois acceptent votre offrande, vous devrez demeurer sur place pendant qu'ils dînent. Soyez immobile, il est généralement bien vu de s'asseoir, ou mieux encore de s'agenouiller et de se prosterner. (On voit mieux dans l'eau)


Il va de sois que les maîtres des lieux ne se montreront que lorsque vous aurez satisfaite aux rites et aux rythmes.

Toraî Kami NanaNishikikoï-san

Nananishikikoï ou NanaSan, pour les intimes!


Le Petit Jardin Oriental de Clovis
Lettre précédente Menu Lettre suivante Ecrivez à Nana-san